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Pour ce premier chapitre, les répondants – 6 600 élèves de terminale – dressent logiquement le portrait d’une jeunesse désengagée du politique mais « pas apathique civiquement » selon la présidente du Cnesco, Nathalie Mons. Une tendance déjà démontrée chez les Français en général : une certaine défiance envers les institutions et un rapport « intermittent » au vote. Deux tiers d’entre eux ont une confiance modérée dans le système démocratique et 37 % seulement se « sentent capables de participer à la vie politique ». Seuls 12 % déclarent s’être déjà engagés en politique.
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Mais les jeunes s’engagent malgré tout, différemment. 44 % d’entre eux sont engagés ou se sont engagés par le passé dans des associations humanitaires ou de défense de l’environnement, et 75 % déclarent souhaiter s’engager à l’âge adulte. Mais les lycéens annoncent d’emblée qu’ils choisiront des actions ponctuelles, et non affiliées à une organisation politique. La volonté de s’engager dans un syndicat ne concerne par exemple que 33 % des lycéens. En revanche, 71 % d’entre eux se disent prêts à signer des pétitions, 62 % à participer à des manifestations et 58 % à agir via le boycott de produits.
Cependant, certaines catégories de jeunes ne souhaitent pas s’engager. De fait, 4 % des lycéens (soit 28 000 élèves) sortiront du lycée avec le projet de ne pas s’engager du tout dans la vie de la société. Deux profils de lycéens présentent cette volonté : les lycéens les plus fragiles (11 % des élèves aux résultats scolaires faibles et 11 % des élèves de lycée professionnel) et les très bons élèves.
Les premiers n’ont pas l’intention de s’investir dans des actions revendicatives de contestation du système, via des pétitions, manifestations ou boycotts. L’étude portant sur des élèves de terminale, il faut se garder de généraliser ces chiffres à toute leur tranche d’âge : à ce stade de la scolarité, l’école a déjà écrémé une partie de la jeunesse la plus fragilisée, potentiellement touchée par le même phénomène – les décrocheurs scolaires et les jeunes orientés avant le lycée vers les filières professionnelles (CAP).
Enfin, les seconds, eux aussi, sont 12 % à envisager de ne pas du tout s’engager dans la vie sociale à l’avenir. 31 % de ces très bons élèves disent avoir « peu ou pas confiance » dans le système démocratique.
Sur ce point, le Cnesco avance plusieurs explications : il existe un profil d’adultes CSP + présentant une forte défiance dans les institutions. Cette élite scolaire désintéressée pourrait donc préfigurer de futurs adultes qui ne s’intéressent tout simplement pas à la vie publique. Mais il peut aussi s’agir d’un surinvestissement scolaire qui les empêche d’envisager d’autres activités, les bons élèves étant moins nombreux à déclarer avoir déjà eu des activités annexes comme le bénévolat.
L’école n’est donc pas entièrement à la hauteur sur ces sujets, et pour plusieurs raisons. D’abord parce que seuls 56 % des élèves qui déclarent « bien comprendre les questions politiques qui concernent la France » : les connaissances civiques des lycéens semblent être en deçà de l’investissement dans l’éducation à la citoyenneté. Avec douze années d’enseignement spécifique (les cours d’éducation morale et civique commencent dès l’école primaire), la France est en effet le pays européen qui propose dans ce domaine l’enseignement spécifique le plus long.
Ensuite, le désintérêt des meilleurs élèves pour la chose publique doit poser question, et l’école pourrait valoriser davantage l’engagement. Le Cnesco préconise ainsi la création d’un « compte temps de bénévolat », qui serait nécessaire pour avoir le bac. Un système similaire existe aux Etats-Unis, où les élèves doivent participer à des « community services » pour valider leur dernière année de lycée. En outre, l’école pourrait créer plus d’opportunités d’engagement, la vie lycéenne étant la première expérience de vie collective à portée des jeunes. Or, seuls 10 % des lycéens déclarent avoir fait du tutorat auprès des plus jeunes, et à peine plus ont déjà participé au journal du lycée.
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